Bonjour Nicolas, tu as repris des études en soins infirmiers après une première carrière. Qu’est-ce qui a motivé ce changement de vie ?
Bonjour, en effet, je suis actuellement en 3ème année en Infirmier responsable de soins généraux. Initialement, j’ai fait des études d'ingénieur de gestion à l'ULB, mais un peu par défaut. En sortant des secondaires, j’ai choisi des études plutôt générales, qui mènent à pas mal d'opportunités. Et en fait, en sortant de là, je me suis assez rapidement dirigé vers les soins de santé et le secteur hospitalier. En tout cas, je voulais un boulot où, au moins indirectement, il y avait un but social.
J’ai donc passé le gros de ma carrière en tant que chef de projet dans le secteur hospitalier. J'ai d'abord travaillé sept ans aux Cliniques universitaires Saint-Luc, dans des projets administratifs. J’y suis resté tout un temps, mais vers la fin, j'ai fait le constat suivant : « OK, c'est bien beau tout ça, mais c'est de l'administratif. Je ne ressens pas assez le lien avec le cœur de l'hôpital, avec le soin. » C'est à ce moment-là que je suis parti aux hôpitaux IRIS Sud. C'était toujours dans la gestion de projet, mais ceux-ci étaient plus en lien avec des unités de soins, des médecins ou des paramédicaux. Je cherchais déjà à me rapprocher du terrain, des patients, des soignants.
Finalement, je me suis rendu compte que rester derrière un ordinateur, faire des analyses ou être en réunion ne me convenait toujours pas. J’ai eu une remise en question. Je me suis demandé si ce n’était pas le métier en tant que tel qui posait problème.
C’est là que tu as entendu parler du Projet 600 ?
Oui. Il s’agit d’un projet où, lorsqu'on a travaillé un certain temps dans les soins de santé, on devient éligible pour reprendre des études d'infirmier tout en restant payé. On reste employé de l'hôpital pour lequel on travaille, mais pendant quatre ans, on suit les cours à plein temps. L'hôpital est remboursé par l'ONSS. On retourne travailler uniquement pendant les grandes vacances.
C'est sûr que savoir que ce programme existait m'a aidé. J'avais moins l'impression de me jeter dans l'inconnu.
En fait, le métier étant en pénurie, il existe d'autres programmes subsidiés, comme « Choisis les soins » par exemple.
Comme tu l’as mentionné, le métier d'infirmier et d'infirmière est en pénurie. Ayant déjà travaillé dans le milieu hospitalier, tu voyais déjà ce que ce métier impliquait. Qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer ?
Pour ma part, j’ai eu spontanément une remise en question : plutôt que d'aider indirectement, je voulais être sur le terrain moi-même. C’est le métier d’« infi » qui me parlait le plus, qui semblait le plus proche du patient. Tout en étant conscient des défis qui accompagnent la profession.
Ayant un peu de recul à présent, je pense que la perception négative est concentrée sur un type de rôle d'infirmier et d'infirmière : celui en unité de soins. C'est là que la pénurie se ressent le plus, même si elle est présente partout. Et c'est l'image que le grand public a de l'infirmière en unité de soins qui court dans tous les sens, qui a plein de patients, etc.
Mais moi, je savais qu'infirmier ne mène pas à un métier unique. On peut travailler à l'hôpital ou en extra-hospitalier (soins à domicile, prévention, médecine scolaire, etc).
Tu as pu bénéficier d’une dispense grâce à la VAE (Valorisation des Acquis d’Expérience). Comment as-tu appris que la VAE existait ?
Je l'ai appris relativement sur le tard. J’avais déjà reçu des dispenses en première et en deuxième année, mais plus sur base de mes études précédentes.
Si je me souviens bien, c’est via mes camarades de classe, qui avaient introduit une demande de VAE pour faire valoir leur expérience notamment d'aide-soignante ou d'ergothérapeute.
Dans mon cas, comme j'avais un métier qui était totalement différent de celui d'infirmier, je ne voyais pas pour quels cours j’aurais pu faire une demande de VAE. Finalement, j'ai pu en bénéficier cette année pour le cours de gestion de projet.
Le processus est quand même assez lourd. C'est vrai que lorsqu'on voit ce que ça représente, il y a une première réaction qui est : "Est-ce que je vais vraiment passer autant de temps sur une demande de VAE pour une seule unité d’enseignement ?" Et puis, on se rend compte qu'on va quand même gagner plus de temps dans l'année qui suit. En plus, c’est assez cadré. La conseillère VAE accompagne et explique bien les documents à remplir, les infos à rechercher, etc.
[Note : La valorisation des acquis de l'expérience (VAE) permet à des adultes souhaitant reprendre des études supérieures d’obtenir des dispenses, voire une réduction de la durée des études ou encore, un accès aux études (premier ou deuxième cycle, sans en remplir les conditions d'accès), sur base d’une expérience professionnelle ou personnelle valorisable.]
Et est-ce que tu aurais un message pour les personnes qui hésiteraient à se relancer dans des études ?
Personnellement, je n'ai vraiment aucun regret de l'avoir fait. Comme je le disais précédemment, j'étais dans une position particulièrement confortable grâce au Projet 600. J’ai aussi la chance d’être bien accompagné, surtout par ma femme qui me soutient à fond. C’est sûr que ça aide aussi !
Je conseille aussi de bien s'informer plutôt que de directement laisser tomber. Il y a plein de programmes ou aides qui existent. En fait, une carrière est plus longue qu’on ne l’imagine. Reprendre des études, c’est peut-être se lancer dans un projet pour les vingt prochaines années.