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Nadia Bezgaï

Métier(s)
Etudiante en AEJE (Accueil et Education du Jeune Enfant), Directrice d'ASBL et formatrice
Hevinci vmag portrait nadia bezgai

Publié le par Alba Vanhaelen

Nadia a un parcours qui n’a pas suivi la voie classique, si on peut dire. Mais qu’est-ce qu’une voie classique finalement ? Nadia nous rappelle que chaque histoire suit son propre chemin et qu’il n’est jamais trop tard pour continuer à se former.

Bonjour Nadia, peux-tu nous raconter ton parcours ?

J’ai quitté l’école durant mon année de rhéto. Pour moi, et sans doute en lien avec l’environnement culturel dans lequel j’ai grandi, l’essentiel était de fonder une famille plutôt que de poursuivre des études.

Je me suis donc mariée tôt, j’ai eu mes enfants. Et puis, vers 27 ans, j’ai eu envie, ou plutôt, j’ai ressenti la nécessité de reprendre des études. J’avais besoin de laisser mon “côté femme” se déployer et ma curiosité s’épanouir.

Je me suis alors formée à l’animation. Une fois le brevet d’animatrice d’enfants entre 3 et 12 ans obtenu, j’ai eu la chance d’être directement engagée dans une ASBL. J’ai pu y déployer des projets et surtout, continuer à me former via la formation continue. J’y suis restée pendant plus de 18 ans.

Continuer à te former est devenu un réel besoin pour toi...

Oui ! En fait, j’ai régulièrement besoin de découvrir de nouvelles choses, de vivre des nouveaux challenges. C’est ce qui s’est passé dans cette première ASBL où j'ai d’abord été animatrice, puis chargée de projet d’inclusion (inclusion d'enfants en situation de handicap dans des activités extrascolaires). Par la suite, j'ai commencé à donner des formations en lien avec l'accueil des enfants de 3 à 12 ans. Au bout de 18 ans, j'ai eu l'opportunité de devenir directrice d’une autre ASBL dans laquelle je siégeais déjà au Conseil d’administration.

J’ai obtenu ce poste avec la demande de mon Conseil d’administration de décrocher un diplôme de bachelier. Cela rejoignait mon souhait, présent depuis plusieurs années déjà, de m’engager dans des études supérieures. J’ai tenté à plusieurs reprises de m’inscrire dans un bachelier — éducatrice spécialisée, assistante sociale ou encore assistante en psychologie — mais ces domaines me paraissaient trop “compartimentés”. J’étais en recherche d’études plus holistiques, qui fassent davantage de liens entre mon parcours et mes aspirations.

Comment as-tu entendu parler du bachelier en AEJE (Accueil et Education du Jeune Enfant) ?

L’ASBL que je dirige gère notamment deux crèches. Nous y développons un projet global autour des familles et des femmes, avec des actions communautaires, un accompagnement à la parentalité. Nous portons une attention particulière à un public vulnérable et multiculturel. C’est dans ce cadre que j’ai pu suivre le Certificat “Direction des milieux d'accueil petite enfance” et que j’ai rencontré Julie David (cheffe du département AEJE). C’est lors de cette formation que Julie David m’a parlé de ce bachelier en AEJE, qui allait bientôt être lancé.

[Note : le bachelier en AEJE – Accueil et Education du Jeune Enfant a été pensé et conçu pour répondre aux besoins concrets du secteur de la petite enfance et aux enjeux sociétaux actuels]

Tu as aussi pu te lancer dans le bachelier AEJE grâce à la VAE et alléger ton programme de cours.

La VAE - Valorisation des acquis de l’expérience - m'a permis d’être admise, alors que je ne disposais pas du CESS. De plus, au vu de mes expériences professionnelles et des formations déjà suivies, j’ai obtenu de nombreuses dispenses qui me permettent de raccourcir la durée des études. Je n’aurais pas pu me lancer dans trois ans d’études tout en occupant mon emploi de directrice. Surtout que je continue à donner des formations en tant qu’indépendante complémentaire.

Concrètement, j'ai obtenu des dispenses pour plusieurs unités d’enseignement, que ce soit de Bloc 2 ou de Bloc 3. En tout, j’ai 60 crédits à réussir, répartis sur une année. J’ai pu également bénéficier de quelques adaptations dans l'organisation de l’année, pour la période de stage par exemple.

C'est valorisant pour moi de me dire que mes compétences professionnelles et les formations déjà suivies ont été valorisées et reconnues à hauteur de 120 crédits.

C’est sûr que reprendre des études après des années n’a pas été évident. Il a fallu se réhabituer à étudier, à structurer la matière et sa pensée, etc. Les premiers examens ont été réussis. Même si j’ai passé une nuit blanche avant le premier !

[Note : La valorisation des acquis de l'expérience (VAE) permet à des adultes souhaitant reprendre des études supérieures d’obtenir des dispenses, voire une réduction de la durée des études ou encore, un accès aux études (premier ou deuxième cycle, sans en remplir les conditions d'accès), sur base d’une expérience professionnelle ou personnelle valorisable.]

Directrice d’ASBL, formatrice, étudiante en AEJE...tu dois avoir des journées bien remplies ! Arrives-tu à t’accorder des moments pour toi ?

En plus, j'ai eu la bonne idée de m'inscrire à un atelier de théâtre cette année ! C'est ma petite bouffée d'oxygène. Un moment où je peux décompresser et m’exprimer autrement. Cela veut aussi dire qu’il va y avoir des représentations et que je vais devoir étudier mon texte !

Parfois, je vois des collègues me regarder avec de grands yeux quand j'explique que je prends des jours de congés pour donner des formations. À mes yeux, ce sont des moments pour moi. Cela me permet de voir autre chose, de vivre des moments de partage. Apprendre et transmettre, ce sont vraiment mes deux passions.