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Reconnexion à la nature et découverte de soi

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Publié le par Magali Vienne

Simon Dubetz, enseignant et chercheur dans le département Assistant·e en psychologie organise, depuis 4 ans, des journées d’initiation à l'intervention et l'accompagnement psychosociaux par la nature et l’aventure (IAPNA) à destination des étudiant·es du bloc 3, dans l'option Approches plurielles en psychopédagogie. Chaque année, il emmène aussi quelques collègues pour leur faire découvrir ce mode d’enseignement. Retour sur l'une de ces journées en immersion.

Apprendre à connaître son environnement

Château de Rixensart, 9h du matin : un groupe d’une douzaine d’étudiants et étudiantes a rendez-vous avec Simon Dubetz et Jean-Christophe, le guide de l’ASBL D’Une cîme à l’autre, qui encadre les activités.

Ensemble, ils se dirigent vers la forêt pour une journée de reconnexion à la nature. Et pour que l’immersion dans le moment présent fonctionne réellement, chacun·e doit se délester de son téléphone et de sa montre jusqu'au moment du retour. « C’est de plus en plus rare, à notre époque, de pouvoir passer une journée dans la nature, sans connexion internet. Cela peut déjà amener une part d’inconfort pour certain·es, au début. Mais à la fin de la journée, tout le monde s’accorde à dire que le fait de ne pas avoir eu le portable à portée de main leur a permis de profiter davantage. » me dit Simon.

Ils et elles commencent par une petite mise en bouche, Jean-Christophe leur propose de goûter la forêt : une manière de découvrir quelques plantes comestibles, comme le tilleul ou l’ortie, ainsi que leurs vertus.

Ensuite, il est temps de s’aventurer plus profondément dans la forêt. Pendant le trajet, Simon et Jean-Christophe proposent différentes activités pour les aider à prendre conscience de leur environnement, à apprendre à se laisser guider et à se faire confiance. Ce sera plus que nécessaire pour la suite de la journée. Ils et elles doivent, par exemple, se mettre en duo pour se guider, l’un avec les yeux bandés, l’autre utilisant sa voix pour remplacer les yeux de son ou sa camarade. Une fois la destination atteinte, un moment est pris pour que chacun·e expose ses ressentis et prenne connaissance du lieu qui les accueillera pour l'après-midi.

« Etant moi-même sensibilisé à l'importance du lien avec l'environnement naturel, j'ai apprécié voir comment certains étudiants découvraient cet univers avec curiosité, parfois prudence, mais souvent avec émerveillement. La diversité des réactions et des regards était intéressante à observer. Certains étudiants semblaient immédiatement à l'aise, presque familiers avec cet environnement, tandis que d'autres sortaient complètement de leur zone de confort. Pourtant, au fil de la journée, une vraie bienveillance s'est installée dans les échanges : encouragements spontanés, écoute, entraide et respect des limites de chacun. » témoigne Julien Coquel, l'enseignant qui accompagne Simon, ce jour-là.

La diversité des réactions et des regards était intéressante à observer. Certains étudiants semblaient immédiatement à l'aise, presque familiers avec cet environnement, tandis que d'autres sortaient complètement de leur zone de confort.
Julien Coquel, enseignant

Et maintenant, on grimpe !

Place ensuite à l’activité phare de l’aventure : plusieurs arbres, d’accessibilité différente, ont été équipés pour permettre une ascension en toute sécurité. Jean-Christophe raconte l’histoire de chaque arbre, décrit leur essence. Chaque participant·e se munit ensuite d’un baudrier et apprend comment assurer un grimpeur ou une grimpeuse, avant de se mettre en action.

Les étudiantes et étudiants sont regroupé·es par trois : une personne qui grimpe, une personne qui assure et la troisième qui joue le rôle de "l’assistant·e psycho", c’est-à-dire, qui guide, rassure et encourage ses deux camarades. Chaque personne avance à son rythme, en fonction de ses aptitudes physiques, mais aussi de sa capacité à vaincre ses peurs. Les rôles s’échangent de manière fluide, les encouragements vont bon train. De temps en temps, l’émotion est trop forte : on prend alors le temps de faire une pause, de respirer calmement et de déterminer s’il est possible de recommencer à grimper ou s’il y a besoin de remettre les pieds sur terre.

« L’expérience de grimper aux arbres était pour moi un vrai moment de reconnexion et de réconciliation avec mon corps que je n’aurais pu imaginer. Je suis ressorti de cette journée en forêt en ayant plus confiance en mes capacités physiques et, dorénavant, je me sens un peu plus partenaire avec mon corps qu’avant cette expérience. » racontera Eliott, à la fin de la journée.

Je demande alors à Simon, pourquoi a-t-il choisi la grimpe d’arbres, dans le cadre de ces activités d’initiation. Il évoque plusieurs raisons : « d’abord, parce que c’est une activité assez facile d’accès (que ce soit en termes de mobilité ou de matériel), qui peut être un peu impressionnante mais trop non plus. Et surtout, parce qu’elle est en dehors de toute performance sportive, cela s’apparente davantage au jeu : on a déjà (presque) tous et toutes grimpé aux arbres quand on était enfant ! Et puis, je connaissais déjà Jean-Christophe, rencontré dans le cadre d’autres activités en lien avec l’IAPNA : c’était donc assez évident à mettre en place dans le cadre de mon cours. ».

Pour travailler la confiance et la coopération, Jean-Christophe propose de corser un peu les choses : et si on essayait de grimper, avec les yeux bandés ? Ici, la grimpe doit se faire dans le silence, au maximum. Celle ou celui qui grimpe se concentre sur ses sensations : le toucher des branches et du tronc, la tension de la corde, … Et quand vraiment, il ou elle ne trouve plus son chemin, ses camarades peuvent lui donner quelques indications pour l’aider à repartir. Paradoxalement, la peur se fait moins forte et la plupart des étudiant·es montent plus haut qu’avec la vue libre. Quand ils et elles enlèvent leur bandeau, c’est la surprise : personne ne s’attendait à être arrivé·e aussi haut ! D'après Laura, « quand on est dans le noir, on a moins le contrôle, on se laisse davantage aller, notamment pour la descente. ».

« La nature offre un espace apaisant, stimulant et propice à l'expression de soi. Les activités vécues ce jour-là en forêt permettent de travailler la confiance, la gestion des émotions, la coopération, le dépassement de soi de manière concrète et expérientielle. Les différents temps d'échanges tout au long de la journée ont également occupé une place importante dans l'expérience. Ils ont permis à chacun de prendre du recul sur ce qu'il vivait, de mettre des mots sur ses ressentis et de s'interroger sur ses réactions face aux activités proposées. Il y avait une dimension d'introspection mais aussi une réelle ouverture vers les autres à travers le partage des expériences, des réussites et des difficultés. », explique Julien Coquel.

Cela réveille un peu l’enfant qui est en nous, en moi, en tous cas. De gouter des feuilles, de regarder un arbre et de se dire « Ho tiens, je le grimperais bien ! ». Ce ne sont pas des trucs qu’on fait naturellement quand on est adulte. On reste dans la sécurité.
Bleona, étudiante

Retrouver la terre ferme

Après plusieurs heures de grimpe, voici venu le moment de la dernière activité : la « soliplénitude ». Les participant·es doivent s’isoler complètement, chacun·e dans un coin de la forêt, pendant une vingtaine de minutes. Celles et ceux qui le souhaitent peuvent emporter un carnet mais le but est de prendre du temps pour se recentrer sur ses pensées, ses émotions. « Pour certain·es, c’est l’activité la plus difficile », m’explique Simon. « De nos jours, c’est rare de se retrouver seul·e, sans un téléphone dans les mains pour se distraire ».

C’est l’heure du rappel. Tout le monde s’installe en cercle, sous les chants des petits oiseaux : c’est le moment de revenir sur la journée, de laisser la place à chacun·e de s’exprimer sur ce qu’il ou elle a ressenti durant ce moment hors du temps. Les avis sont globalement unanimes : de la fierté de s’être dépassé·e, de la gratitude envers les autres pour leur bienveillance et leurs encouragements, une sensation de s’être vraiment déconnecté·e et d’avoir mieux profité de la journée en n’ayant pas accès à l’heure et au téléphone, même si c’était inconfortable dans un premier temps. "Je suis d'avis que ces journées sont bien plus que formatrices, elles sont transformatrices, et elles prennent tout leur sens dans le cadre de nos études ainsi que dans notre future pratique professionnelle. C’est l’une des premières fois depuis longtemps que, durant une journée entière, rien de scolaire ne venait interférer dans mon esprit. La journée a été physiquement prenante, mais profondément ressourçante sur le plan psychique." témoigne Jade.

Eliott, quant à lui, confie que cette expérience a ouvert ses horizons pour la suite de sa formation et sa future pratique : « Cette journée dans la nature est une expérience très enrichissante sur le plan personnel mais le professionnel en moi a également été très marqué. En effet, j’ai envie de pouvoir intégrer la nature à mes prises en charge, d’une manière ou d’une autre. La formation IAPNA est également une formation qui m’intéresserait. Intérêt que je n’avais pas forcément avant la journée à Rixensart. Pouvoir observer Jean-Christophe réagir dans certaines situations était très formateur pour moi. J’ai notamment été impressionné de voir la façon dont il permettait à certain·es de mes camarades de se dépasser, sans céder trop rapidement à leurs demandes de descendre, sans pour autant les pousser trop dans leurs retranchements. ».

Un bilan positif donc pour cette journée en immersion !

Une nouvelle recherche débute à la HE Vinci

Simon Dubetz aimerait continuer à valoriser ses recherches dans le domaine de l'IAPNA. C'est pourquoi, accompagné d'Emmanuelle Paul, également enseignante - chercheure à la HE Vinci, il a débuté un recensement de toutes les activités Outdoor organisées au sein de la Haute Ecole. Cela peut aussi bien être l'utilisation d'un potager pédagogique que le fait de réaliser des activités physiques en extérieur, par exemple. Le but de ce recensement est de pouvoir ensuite rencontrer les enseignants et enseignantes qui les animent afin de discuter de leur pratique et publier un état des lieux de l'ensemble de ces activités.

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Vous désirez en savoir plus sur l'Intervention et l'Accompagnement Psychosociaux par la Nature et l’Aventure ?

Participez au colloque IAPNA, qui aura lieu le 20 novembre 2026. Consultez le programme.