Pierre Henriche
- Métier(s)
- Enseignant au sein du département kiné & formateur au Centre de Formation Continue.
Nous avons rencontré Pierre Henriche, qui nous raconte son parcours et son intérêt pour la kinésithérapie manuelle, notamment pour les trigger points (points gâchettes).
Pourrais-tu te présenter en quelques mots et décrire ton parcours ?
J’ai d’abord entamé des études en éducation physique. Une entorse sévère de la cheville m’a contraint à interrompre ce parcours. Cette blessure m’a amené à consulter régulièrement des kinésithérapeutes et a finalement suscité mon intérêt pour cette profession. J’ai donc choisi de me réorienter vers des études de kinésithérapie à l’UCL.
Au début de ma carrière, j’ai travaillé au sein d’un cabinet d’ostéopathie, où j’ai développé un intérêt marqué pour la thérapie manuelle. Par la suite, j’ai exercé pendant deux ans en psychiatrie avant de m’installer comme indépendant. J’ai également assuré des gardes au Centre du Bois de la Pierre.
Parallèlement à mon activité professionnelle, j’ai pratiqué le judo pendant 25 ans, obtenant une ceinture noire 1er DAN. Cette expérience sportive m’a conduit à travailler comme kinésithérapeute auprès de jeunes judokas (U15 et U17), puis au sein de l’équipe nationale belge de judo pendant 15 ans.
En tant que kinésithérapeute du sport, j’ai suivi une formation en thérapie manuelle entre 2002 et 2004, centrée principalement sur les manipulations mais comportant encore peu de raisonnement clinique structuré. Par la suite, j’ai complété le Certificat Universitaire de Thérapie Manuelle (CUTM) à l’Université de Liège en 2019.
Lors d’un déplacement en Russie avec l’équipe nationale de judo, j’ai rencontré une kinésithérapeute canadienne qui utilisait le dry needling et des techniques de traitement des points gâchettes. Cette rencontre a été déterminante : j’ai ensuite suivi plusieurs formations en Belgique, en France et en Suisse, et je pratique le dry needling depuis 2013. Aujourd’hui, je cumule plus de 25 ans d’expérience en thérapie manuelle.
Qu’est-ce qui t’a conduit à choisir la kinésithérapie ?
Initialement, je souhaitais devenir gendarme, à l’image de mon père et de mon grand-père. J’ai finalement opté pour des études universitaires et me suis rapidement rendu compte que la kinésithérapie correspondait parfaitement à mes aspirations. J’y ai trouvé un équilibre entre l’aspect humain – le contact avec les patients –, l’aspect pratique, et la dimension intellectuelle liée au raisonnement clinique.
Mon expérience dans le sport de haut niveau m’a également permis de prendre conscience de certaines limites. Les athlètes de haut niveau peuvent parfois adopter une posture très centrée sur la performance individuelle, ce qui rend la relation thérapeutique plus complexe. Une fois leur confiance acquise, il leur est souvent difficile d’accepter l’intervention d’un autre thérapeute. J’ai parfois ressenti un manque de reconnaissance, avec le sentiment d’être davantage considéré comme un outil au service de la performance.
Progressivement, je me suis senti davantage en phase avec le travail réalisé en cabinet et avec l’enseignement. Le contact et l’échange avec les étudiants m’apportent aujourd’hui une grande satisfaction, j’ai retrouvé une qualité d’échange que je ne percevais plus dans le milieu du sport de haut niveau !
Quelle est ton activité actuelle ?
Je travaille actuellement trois jours par semaine en cabinet, que je gère avec mon épouse. Notre structure compte huit kinésithérapeutes. Je consacre également 4/10e de mon temps à l’enseignement à la HE Vinci.
Les week-ends sont généralement consacrés à la formation continue ou à l’enseignement dans différentes formations : sacro-iliaques, trigger points, METISS (Manual Therapy Integrative System of the Spine). J’interviens aussi dans le Certificat Universitaire en rééducation abdo-pelvienne et Kinésithérapie Périnatale et dans une formation consacrée à l’endométriose.
Dans l’enseignement des trigger points, mon objectif est de réintégrer le raisonnement clinique dans leur utilisation. Je m’appuie sur des pathologies fréquentes pour structurer le bilan, poser un diagnostic fonctionnel et déterminer la pertinence de l’utilisation des techniques de trigger points. L’enseignement couvre l’ensemble des régions anatomiques : tête, cou, tronc, membres supérieurs et membres inférieurs. J’adapte également le contenu pédagogique en fonction du public concerné.
Y a-t-il des personnalités qui t’ont particulièrement marqué ?
Benjamin Hidalgo a exercé une influence importante sur mon parcours. Au début, je ne me sentais pas très à l’aise avec la façon de donner cours, mais j’ai toujours admiré sa vision globale de la kinésithérapie, qui combine rigueur scientifique et expertise clinique. Cette capacité à intégrer ces deux dimensions correspond à l’approche vers laquelle je tends.
J’ai également été marqué par Daniel Bösch, notamment pour son ouvrage consacré aux trigger points. De manière générale, je suis particulièrement sensible aux cliniciens qui privilégient une approche pragmatique et nuancée, comme Stéphanie Grosdent et David Colman.
Parmi les auteurs dont les travaux m’ont intéressé, je citerais notamment Lieven Danneels, Deborah Fallah, Jeremy Lewis et Chad Cook.
Pierre Henriche animera la formation Traitement des syndromes myofasciaux par la technique des points gâchettes le 30/05/26 et le 31/05/26.