Graphothérapie : un nouveau certificat pour accompagner la rééducation de l’écriture
À partir d’octobre 2026, le Centre de Formation Continue organisera un nouveau Certificat en graphothérapie.
Bonjour Tatiana, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs et lectrices ?
Tatiana De Barelli : Qui suis-je ? Une femme profondément attachée à l'écriture manuscrite, convaincue que chaque enfant devrait avoir le droit d'apprendre et de grandir à travers elle.
Depuis toujours, l'apprentissage est le fil conducteur de mon parcours. Face aux réussites comme aux épreuves, une question m'a toujours guidée : qu'ai-je appris ? C'est sans doute cette curiosité qui nourrit mon amour de l'école et mon admiration pour les enseignants, ces passeurs de savoir qui ouvrent chaque jour les portes de la connaissance.
L'écriture manuscrite occupe une place particulière dans cette aventure. Bien plus qu'une compétence scolaire, elle est un geste qui construit la pensée, soutient les apprentissages et nous révèle.
Après plus de trente années d'exercice en graphologie dans le monde de l'entreprise, j'ai choisi, en 1995, de consacrer mon expertise au service de l'éducation. J'ai alors complété ma formation par une Licence en Sciences psychologiques et de l'Éducation à l'ULB ainsi que par des formations en graphothérapie auprès de professionnels en Italie, au Québec et en France. Depuis 2007, je partage mes connaissances auprès d'enseignants, de futurs enseignants et de thérapeutes. J'ai également co-fondé Educ'Art, dont le slogan est : « lorsque l'éducation devient un art », afin de proposer des pratiques artistiques comme voie pour tous les apprentissages, celui de l’écriture y compris.
Avec des enseignant·es, des artistes, des thérapeutes, l’écriture manuscrite se développe en valorisant les aspects créatifs et individuels de chacun.
Educ’Art, c’est aujourd’hui un centre de consultation multidisciplinaire à Bruxelles et un centre de formation auprès des professionnels du monde de l’éducation en français et en espagnol.
Comment ton parcours et tes constats de terrain t'ont-ils amenée à la graphothérapie ?
L'écriture m'accompagne depuis l'enfance. Je me souviens de mes cahiers de poésie, de mes journaux intimes, de ces pages où les mots devenaient des compagnons de route. Écrire, c'était retrouver les émotions d'un instant, éclairer les expériences difficiles pour mieux les comprendre, donner une forme à ce qui m'habitait. Aujourd'hui encore, l'écriture demeure pour moi un espace privilégié de rencontre avec moi-même.
Pendant de nombreuses années, j'ai exercé la graphologie dans le monde de l'entreprise puis une autre évidence s'est dessinée. Tout commence bien plus tôt, sur les bancs de l'école, lorsque l'enfant découvre le plaisir — ou parfois la difficulté — d'écrire.
Apprendre à écrire ne consiste pas seulement à reproduire des lettres conformes à un modèle ; c'est s'approprier son écriture, celle qui deviendra l'expression singulière de son identité.
Au fil de mes observations, un constat s'est imposé : les enjeux profonds de l'appropriation de l'écriture manuscrite restent souvent méconnus. Apprendre à écrire ne consiste pas seulement à reproduire des lettres conformes à un modèle ; c'est s'approprier son écriture, celle qui deviendra l'expression singulière de son identité. « J'écris donc j'existe. »
Je voyais de jeunes élèves, parfois mal installés, tenant leur crayon de manière peu adaptée, s'efforçant de copier les modèles inscrits au tableau sans comprendre le chemin qui les conduit au tracé. Ils reproduisaient une forme sans toujours construire le mouvement qui lui donne naissance.
C'est cette prise de conscience qui m'a conduite, en 1995, à m'engager dans le domaine de l'éducation. Une collaboration particulièrement riche avec une enseignante de troisième primaire a marqué un tournant décisif dans mon parcours.
Quelques années plus tard, en cofondant l'association Educ'Art, nous avons souhaité réunir nos compétences et croiser nos pratiques autour d'une même conviction : sortir l'écriture manuscrite d'une vision exclusivement normative pour la considérer comme un véritable outil de développement. Notre ambition est d'accompagner chaque écrivant et écrivante dans l'appropriation d'une écriture qui lui ressemble, au service de sa créativité, de sa confiance et de son épanouissement personnel. C’est cela pour moi, la graphothérapie !
Pourquoi est-il important aujourd'hui que les professionnels et professionnelles de terrain se forment à la graphothérapie ?
Lire et écrire constituent deux piliers fondamentaux de la scolarité. Si les difficultés liées à la lecture et à l'orthographe sont aujourd'hui largement étudiées et prises en charge, l'écriture manuscrite est longtemps restée le parent pauvre de la recherche et de la formation.
Le geste graphique est pourtant un apprentissage complexe. Faute de connaissances suffisantes, certaines pratiques pédagogiques se sont installées sans toujours respecter les mécanismes naturels de l'acquisition de l'écriture.
À cela s'ajoute un contexte où le numérique tend parfois à remplacer trop rapidement le crayon. Face à la moindre difficulté, le clavier apparaît comme une solution immédiate, alors que de nombreux enfants gagneraient à être accompagnés dans la construction de leur geste graphique.
Dans plusieurs pays nordiques, souvent cités comme références en matière d'éducation, les écoles réintroduisent progressivement les manuels scolaires, les tableaux traditionnels et la pratique régulière de l'écriture à la main.
Se former à la graphothérapie permet aux enseignants, logopèdes et autres spécialistes de mieux comprendre cette dimension essentielle du langage écrit. C'est offrir aux enfants un accompagnement plus juste, plus complet et davantage respectueux de leurs besoins.
Le certificat est ouvert à différentes professions (logopèdes, psychologues, enseignant·es...). Pratique-t-on la graphothérapie de la même manière ? Pourquoi est-il important de réunir différents acteurs et actrices de terrain ?
L'écriture manuscrite est à la croisée de nombreux domaines : elle mobilise les dimensions motrices, cognitives, affectives, psychologiques et culturelles. Aucun regard ne peut, à lui seul, en saisir toute la richesse.
Chaque professionnel et professionnelle apporte donc une expertise complémentaire.
Le ou la logopède ajoute l’attention au geste graphique à ses connaissance sur la lecture et l’écriture et adopte ainsi une vision globale de l’entrée dans l’écrit. Le ou la psychologue affine sa compréhension de l’écrivant·e en accédant au langage invisible de l’écrit. L'enseignant·e, pour sa part, apprend à reconnaître derrière une écriture maladroite les efforts, les stratégies et le potentiel de l'élève, plutôt que de s'arrêter à une apparence de « manque de soin ».
Cette diversité de regards fait toute la richesse de la formation. Ensemble, ces professionnels et professionnelles construisent une approche plus globale, plus cohérente et plus humaine de l'accompagnement de l'enfant.
Que voudrais-tu dire pour donner envie aux lecteurs et lectrices de participer à ce certificat ?
Je pourrais simplement dire que c'est une formation passionnante.
Mais c'est bien plus que cela. C'est une invitation à poser un regard nouveau sur l'écriture manuscrite : la nôtre, celle de nos enfants, celle de tous les enfants.
C'est une formation concrète, exigeante, profondément humaine, qui relie les connaissances scientifiques aux réalités du terrain et qui redonne toute sa place à un geste que l'on croyait parfois dépassé.
l'écriture manuscrite n'appartient pas au passé. Elle est un outil d'avenir, au service de la pensée, des apprentissages et du développement de chacun.
Nous vivons un moment charnière. En France, un ambitieux programme de recherche consacré à l'écriture manuscrite vient d'être lancé pour les dix prochaines années. Dans plusieurs pays nordiques, souvent cités comme références en matière d'éducation, les écoles réintroduisent progressivement les manuels scolaires, les tableaux traditionnels et la pratique régulière de l'écriture à la main.
Ces évolutions nous rappellent une évidence : l'écriture manuscrite n'appartient pas au passé. Elle est un outil d'avenir, au service de la pensée, des apprentissages et du développement de chacun.
Comprendre pourquoi elle est si précieuse, apprendre comment mieux l'enseigner et mieux l'accompagner, c'est offrir aux enfants un levier supplémentaire pour grandir, apprendre et s'épanouir.
Au plaisir de vous rencontrer au sein de cette belle aventure de formation.