Le mardi 7 avril 2026, le Centre de formation continue Vinci organisera une rencontre matinale consacrée à la découverte de ce guide destiné au corps enseignant et aux équipes éducatives.
Bonjour Nastasia, quelle est la genèse du « guide pour une inclusion réussie », que tu as écrit en collaboration avec Margot Antoine ?
La genèse de ce guide est assez simple, en réalité. Avec Margot, on avait envie de transmettre une vision de l'autisme inclusive et très concrète. Pour nous, quel que soit son profil, un enfant a un rôle sociétal : être élève, faire partie d’un collectif, apprendre avec les autres. On voulait donc s’adresser à un public large, pas uniquement aux spécialistes, et proposer quelque chose de lisible, accessible, qui parle autant au corps enseignant qu’aux équipes éducatives dans leur quotidien réel.
De mon côté, je forme beaucoup sur le terrain, mais tout le monde n’a pas la possibilité de suivre des formations. L’idée a donc été de mettre à l’écrit ce que je transmets à l’oral, avec la même approche pragmatique et bienveillante. Et puis, il y a eu la rencontre avec les éditions ATZEO qui publie des ouvrages très qualitatifs autour de la scolarité et du soutien aux enseignantes et enseignants. À partir de là, la collaboration est devenue une évidence.
Selon toi, dans une classe, quels aménagements simples peuvent avoir des effets bénéfiques pour un enfant autiste ?
Quand on parle d’aménagements bénéfiques, on pense souvent à des choses complexes, alors que les priorités sont souvent assez simples.
La première réflexion à avoir concerne l’environnement. Beaucoup de classes sont très chargées visuellement : suraffichages, accumulations de supports, couleurs multiples… Pour certains enfants autistes, cela peut être réellement envahissant, voire source de fatigue ou de stress. Il y a aussi toute la dimension sensorielle : des lumières trop vives, des classes très bruyantes, une agitation permanente. Ce sont des éléments qui peuvent fortement impacter leur disponibilité pour apprendre. Adapter les espaces fait partie des petites stratégies inclusives.
L’autre adaptation relativement facile à mettre en place concerne la structure du temps. La prévisibilité des activités, le fait de savoir ce qui va se passer dans la journée, d’avoir des repères, des rituels, est extrêmement rassurant pour les enfants autistes...(et pas uniquement pour eux).
Parfois cela passe par des objets ou des images. Dans le guide, on propose de nombreux exemples très concrets et illustrés autour de ces aménagements, mais aussi beaucoup d’autres pistes, toujours pensées pour être réalistes et applicables sur le terrain. Et ce qui est vraiment intéressant, c’est que ces adaptations sont profondément inclusives : elles ne profitent pas seulement aux élèves autistes, mais à toute une diversité d’enfants.
Comment aider les équipes éducatives à dépasser leurs peurs ou leurs idées reçues sur l’autisme pour entrer dans une posture réellement inclusive ?
La première chose, c’est déjà de reconnaître que les peurs existent, et qu’elles sont compréhensibles. Beaucoup d’enseignants et d'enseignantes ont peur de mal faire, de ne pas savoir gérer certaines situations, ou de ne pas être à la hauteur. Le problème, ce n’est pas la peur en soi, c’est quand on laisse les équipes seules face à cette peur.
Ensuite, il est essentiel de déplacer le regard : sortir d’une vision très figée de l’autisme pour s’intéresser davantage au fonctionnement de l’enfant, à ses besoins éducatifs, et au contexte dans lequel il évolue.
L’autisme n’est pas un bloc homogène, et on n’attend pas des enseignants et des enseignantes qu’ils deviennent spécialistes, mais qu’ils développent une capacité d’observation et d’ajustement. J’insiste beaucoup sur la posture plutôt que sur la recherche de perfection. Une école inclusive n’est pas une école où tout est parfaitement maîtrisé, mais une école où l’on observe, où l’on ajuste, où l’on accepte l’essai-erreur.
Autoriser les spécialistes à ne pas tout savoir est déjà un grand pas vers l’inclusion. Il est fondamental de sortir d’une logique individuelle : l'inclusion ne repose pas (ne doit pas reposer !) sur un ou enseignante isolée, mais sur une culture collective, un travail d’équipe, du dialogue et du soutien.
Si tu ne devais transmettre un message essentiel aux enseignants et enseignantes qui débutent avec un élève TSA, lequel serait-il ?
Ce serait celui-ci : "Essayer ne veut pas dire réussir, mais sans essayer, on ne peut pas réussir".
Accueillir un élève autiste, ce n’est pas savoir faire tout de suite, c’est accepter d’entrer dans un processus. Pour moi, un point essentiel, c’est la communication avec les familles : l'idée n’est pas d’être face à face, mais dans le même bateau, autour de l’enfant. Chacun a une expertise à apporter : les parents connaissent finement le fonctionnement de leur enfant, ce qui le rassure, ce qui le met en difficulté, ce qui fonctionne déjà dans d’autres contextes ; les professionnelles et professionnels apportent leur cadre pédagogique et éducatif. Quand ces expertises se rencontrent et se reconnaissent, on fait réellement équipe.
J’invite aussi le corps enseignant à se dégager d’une logique de performance immédiate, l’inclusion n’est pas un objectif à atteindre rapidement, c’est un processus qui se construit dans le temps... et de manière collective ! L'enfant autiste, a surtout besoin d'adultes présents, attentifs, capables d’observer, d’ajuster et d’avancer progressivement. Ce sont souvent ces ajustements simples et réguliers qui font réellement la différence au quotidien.